Tout ce qui peut nous réparer

« Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer.

Il est venu la remplir de sa présence. » (Paul Claudel)

  

Tout ce qui peut nous réparer

 

Il y a des moments où la vie nous dénude. Les chagrins familiaux, les échecs professionnels, la maladie ou l’usure du quotidien nous laissent comme effeuillés, « pétale après pétale, sur le sol humide du chagrin ». Alors monte en nous ce cri muet, cette prière : Seigneur, répare-moi.

 

La réparation n’est pas un mot de mécanique. C’est un mot d’âme. Elle ne recolle pas les morceaux à l’identique : elle accueille la fracture, l’embrasse, et y glisse une lumière nouvelle. Comme : « une petite lanterne… pleine de Soleil à disposition, comme un coffre au trésor » .

 

Je viens de traverser une épreuve  douloureuse et j’ai besoin de refaire mes forces morales, spirituelles et psychologiques. Je pars pour une retraite en silence d’une semaine et je repartirai dans moins de deux mois pour un séjour  plus long en ermitage cette fois-ci, dans la forêt, en solitude.

 

Le silence qui répare, la foi qui répare : 

 

La retraite spirituelle est pour moi ce temps où l’on se livre au silence. Non pas le silence vide, mais le silence habité, où le Cœur du Christ devient oreille, souffle et refuge. On se tient là, pauvre, vacillante, et déjà une lumière se lève dans la nuit. Je ne veux pas laisser le désespoir prendre toute la place. A tout ce que je vis, il y doit y avoir une raison, souvent, on le comprend bien plus tard.

 

Dans ce silence, je redeviens une enfant. Je me laisse bercer par Dieu « tel un enfant malade ». Et lentement, les angoisses se taisent, les blessures cessent de saigner. La réparation commence par cette dépossession : je ne lutte plus, je dépose.

 

C’est aussi un bon moyen de discerner sa volonté, d’en vivre, d’y consentir, de croire, d’espérer contre toute espérance que tout est grâce et que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom 8/28).

J’ai besoin de silence, de pause, de réparation et de discerner aussi sa volonté. Puis d’en vivre.

 

Les rituels qui pansent :

 

Allumer une bougie. Noter trois beautés vues dans la journée. Relire un paragraphe aimé. Ces petits gestes ne sauvent pas le monde mais ils nous aident.  Relire Christian Bobin, écrire des poésies, relire la littérature des saints (dans ma foi) ou tout autre lecture qui « requinque ». Ces gestes, nous sauvent, parfois.

 

Ces rituels discrets deviennent comme des points d’appui pour l’âme. Une tasse de tisane fumante à côté d’un carnet, une marche sous les arbres, une prière soufflée dans le soir, un temps de prière prolongée dans une église vide traversée par la lumière du soleil. Retrouver la paix. Par les sacrements, la messe, la liturgie de ma religion....

 

Croire que tout ce que je vis, si je l’offre, douleur ou joie, peut servir au bien d’autrui. Parce que Dieu étant Amour, rien n’est laissé au hasard, il donne à tout une fécondité pour des pluies de grâce sur ceux que nous aimons, sur ceux que nous n’aimons pas, sur le monde….

 

Ces rituels n’ont rien de spectaculaire, mais ils nous donnent un sol quand tout glisse.

 

« Ce qui est brisé se répare par plus de lumière encore. » (Christian Bobin)

 

L’écriture comme réparation

 

Quand le goût de vivre se retire, « quand rien ne dit, rien ne chante, rien n’attire » il me reste l’écriture. Non pas pour expliquer, mais pour survivre. Écrire, c’est tendre une main vers la lumière, même dans la nuit. Pour moi, écrire c’est non seulement vivre mais c’est aussi prier. Mon écriture est à mon image : lente, contemplative, intérieure.

 

Et pourtant, pour écrire des mots qui portent espérance et beauté, il faut d’abord se laisser remplir. L’inspiration n’est pas un puits sans fond. Elle exige des haltes, des pauses, du silence. Écrire sans se ressourcer, c’est courir à sec.

 

La foi, force de réparation

 

La foi ne supprime pas la douleur. Elle n’empêche ni les larmes ni la fatigue. Mais elle me donne ce « réverbère accroché à l’âme », une lumière fragile et invincible à la fois, qui transforme mes nuits en veille priante.

 

Il est des jours où je n’ai plus de goût de vivre. Alors je me tiens là, simplement face à Dieu : « Lui dont l’Amour est la seule Espérance ». Et c’est déjà une réparation. Vivre de son Amour est la seule réparation finalement. Vivre d’amour même et surtout dans la solitude.

 

Tout ce qui peut nous réparer ne vient pas du bruit, mais du retour : retour à soi, retour aux gestes simples, retour au silence, retour à Dieu. La réparation, c’est cette lanterne allumée dans nos ténèbres, qui nous murmure : tu n’es pas seule.

 

Espérer de l’Espérance l’Espérance elle-même : c’est là, la plus grande espérance

et la plus grande union à Dieu. (St Jean de la Croix)

 

(En italique et caractères gras : citations de mes textes "le goût de vivre " et "la petite lanterne".

 

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